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Complicité marine

  • 21 janv.
  • 1 min de lecture

Chaque matin, à l’heure où le jour hésite encore, il descend jusqu’au banc de pierre.Soixante ans passés, peut-être un peu plus, il s’assoit face à la mer comme on ouvre un livre familier.L’horizon est là, fidèle, ligne fragile entre ce qui fut et ce qui s’efface.

Le vent lui apporte des odeurs d’algues et de sel, et avec elles des visages anciens.Des rires oubliés, des départs sans retour, des promesses murmurées trop bas.Il ne compte plus les vagues : ce sont elles qui comptent pour lui, une à une, les heures disparues.

Un matin, une jeune demoiselle s’arrête. Elle observe ce vieil homme immobile, comme enraciné dans la lumière pâle.

— Que faites-vous là ? lui demande-t-elle, la voix encore neuve.

Il sourit sans tourner la tête.

— Je regarde le temps passé.

Elle ne comprend pas tout à fait, mais se tait. Devant eux, la mer respire lentement. Et dans ce silence partagé, le temps, un instant, semble consentir à s’arrêter

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