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Des yeux fatigués

  • 17 nov. 2024
  • 1 min de lecture

Cette semaine, j’ai retrouvé des amis que j’avais autrefois de si près tenus. Hier encore, nous étions jeunes, larges d’épaules, et surtout porteurs de rêves immenses. Nous croyions en un monde meilleur, en la force des idées, en la puissance du collectif.

Alain, militant infatigable, rêvait d’une internationale de la fraternité et voulait renverser le vieux monde de ses bases pour en bâtir un nouveau, juste et équitable. Patrice, l’idéaliste poète, voyait dans les mots une arme douce mais puissante, capable non seulement de libérer les esprits mais aussi de guérir les cœurs. Paul, le musicien, proclamait que la musique était un cri venu de l’intérieur, annonciateur de la naissance de la femme et de l’homme nouveaux, portés par un concert d’harmonies inattendues. Et puis il y avait Paule, qui ne jurait que par la littérature. Avec une ferveur inébranlable, elle poursuivait son projet d’écrire une nouvelle utopie, un monde rêvé où les mots seraient des ponts entre les âmes.

Autour de nous, il y avait encore tant d’autres camarades, animés par le romantisme de la révolution à venir. Ensemble, nous puisions dans cet élan commun la force d’une marche qui nous semblait invincible.

Aujourd’hui, le temps a passé. Nous ne partageons plus que nos soixante-dix ans et les souvenirs d’illusions perdues. Nos gestes, marqués par les rides du temps, racontent nos échecs, mais aussi nos combats. Pourtant, en nous regardant, je vois que nos yeux, fatigués par les ans, n’ont rien perdu de leur éclat. Cet éclat d’une espérance toujours vivante, qui continue de briller malgré tout, comme une flamme que rien ne peut éteindre.



 
 
 

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