J'ai perdu ma poule
- 13 juin 2023
- 2 min de lecture

Dans le coeur battant d’une pittoresque province française, il y avait un village breton. Niché parmi les champs de blé et les vergers de pommiers, le petit hameau était animé par les conversations des habitants, les sons des cloches de l'église et de temps à autres, par la mélodie rythmée du biniou. Et puis, il y avait Marcel.
Marcel était un homme robuste, aux cheveux ébouriffés et au sourire doux. Sa fidèle compagne était Claudette - pas une dame, mais une poule au plumage somptueux. Chaque matin, on pouvait voir Marcel chevauchant son vélo rouillé, Claudette fièrement installée dans le panier.
"Ça sent la rose et le lilas", disait Marcel à Claudette alors qu'ils passaient devant les jardins fleuris.
Les villageois riaient. "Marcel, tu es fou!" se moquaient-ils
Un jour, dans la douce pénombre de son humble demeure couvert d’ardoises, Marcel s’assoupit devant la télé qui rediffusait un épisode de « L’amour est dans le pré ». Les odeurs de galettes s'infiltraient par la fenêtre. Il rêva. Claudette avait disparu.
"Non!" cria-t-il dans son rêve.
Il courut à travers champs, les effluves de terre mouillée emplissant l'air. Il pouvait entendre des voix chuchoter et des feuilles bruire sous ses pieds. Marcel se réveilla en sueurs. Il courut dehors. Claudette était là, picorant tranquillement. Un soupir de soulagement.
"Je ne peux pas te perdre", murmura-t-il.
Le lendemain était différent. Les oiseaux chantaient plus fort et les couleurs semblaient plus vives. Marcel décida d’aller parler au vieux coupeur de feu du village, Monsieur Titouan qui se targuait d’interpréter les signes. Dans la petite maisonnette, sombre et basse, les murs étaient recouverts d’outils anciens : un fléau surveillait une fourche, un croc à goémon faisait bon ménage avec un semoir. La cheminée à l’insert constellé de lézardes, sentait la cendre humide.
"Titouan, j’ai peur de perdre Claudette," avoua Marcel. Monsieur Titouan, les yeux abrités sous d’épais sourcils , sourit. “Marcel, ta poule représente plus qu’une compagne.” Et soudain la voix de l’ancien agriculteur se transforma, se fit plus ferme et comme s’il était devenu une autre personne, il professa d’une voix docte : « ta peur de perdre Claudette, ta poule, reflète une anxiété sous- jacente concernant les pertes ou le jugement des autres. Il peut s’agir également de l’expression d’un sentiment de culpabilité liée à un acte enfoui dans ton subconscient ». Marcel en resta pantois ; jamais il n’avait entendu débiter autant de sciences qui dans son esprit s’égrenaient comme des fadaises. Il ne devait jamais remettre les pieds chez Monsieur Titouan.
Le printemps se transforma en été. Les rires et les odeurs de la nature remplissaient l'air. Des coups de feu retentissaient ici et là et faisaient le cauchemar des chevreuils qui bondissaient à travers champs. Marcel et Claudette continuèrent leurs promenades, indifférents aux moqueries, et roulaient sur les chemins environnants sans crainte du jugement dernier.
Et la vie était belle



J ai bien aimé cette histoire de la poule de Marcel