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La deuxième larme de cognac

  • 17 juil. 2023
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 août 2023


Ce n’est pas la seule qui compte. La première se déshabille dans un geste lent, de plus en plus subtil, de plus en plus délicat, et libère un éventail d’arômes boisées, une abondance prometteuse. La dernière, certainement, s’achève avec la certitude apaisante de pouvoir renouveler l’instant … Et la deuxième larme ? Elle commence bien avant les yeux. Dans la liturgie de l’avènement : le choix difficile du cognac assorti à la lueur du crépuscule, celui de la rondeur parfaite du verre et au creux de la main déjà cet or ondoyé dans son berceau de tulipe. Puis ce regard que mille nuances d’ocre émotionnent. Après la première larme, pudiquement approchée du bout des lèvres, la seconde est une adoration. Une chaleur, de la langue au palais, submerge la bouche toute entière et vient mouiller une gorge impatiente. On ne l’avale pas tout de suite cette deuxième larme, on l’accueille, on la retient, on la supplie même puisque, en fait, rien n’est encore dit. Elle n’est pas une soif qui s’apaise dans le claquement de langue d’un pilier de bar. Au-delà d’un bien-être immédiat, elle est réellement une épiphanie sur le chemin de la plénitude et du nirvana. On le sait déjà : le meilleur est devant soi. Religieusement, on dépose son verre sur le guéridon et on le rapproche même un peu sur la nappe brodée. Ce cigare venu de la Havane que l’on a tourné délicatement au-dessus de la flamme de l’allumette avant que dans le balancement du rocking chair, ne monte au ciel une fumée bleue. Enfin, cette musique d’Enigma, puissante et mystérieuse, magnifie ce rituel qui prolonge et perpétue le miracle qui vient de se produire. On n’a pas besoin de se souvenir de la marque du cognac que l’on est en train d’apprécier. Epicurien et eau de vie communient sans éprouver la nécessité d’une interrogation, ni écrite ni orale, sur le devenir des choses. Les miroirs du salon livrent comme en écho le secret de ce nectar ambré et de sa formule magique. Ils reflètent l’image de l’alchimiste qui a arrêté son geste vers le petit meuble de bois brut qu’éclabousse un feu de cheminée. Il se penche sur l’édredon de plumes où des pelures d’orange embaument son amante nue. Il n’a pas besoin de boire tant et plus pour de moins en moins de joie.

Il sait sacrifier une larme de cognac



 
 
 

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