top of page
Rechercher

Rencontre avec Dostoïevski

  • 8 mai 2023
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 mai 2023





Dans le froid glacial de Saint-Pétersbourg, j'ai croisé Dostoïevski en cet hiver 2022. Assis sur un banc, enveloppé dans un manteau d'époque, son visage long et fin éclairé par la lueur blafarde d'un réverbère, il semblait deviser comme s’il s’interrogeait encore sur la qualité de son œuvre littéraire ou peut-être était-il tout simplement médusé par la rapidité des automobiles qui circulaient le long de la perspective Nevski. Avec son chapeau démodé sur la tête, sa barbe et sa moustache entretenues avec soin, Fyodor Mikhailovich avait l’air d’un personnage évadé d’une vieille photographie.

Sans préambule, je décidai de lui parler de Aliocha, ce personnage énigmatique des Frères Karamazov dont j’ai eu du mal à saisir la personnalité quand je l’avais étudié en classe de terminale.

- "Aliocha, dis-je, est-il vraiment aussi pur et innocent que vous le prétendez ? N’est-il pas plutôt un pleutre qui n’a jamais sur distinguer le bien du mal ?

Dostoïevski me fixa de ses yeux profonds, puis éclata d'un rire sonore qui résonna alentour. "Mon cher ami, répondit-il, vous me faites l’effet d’un idéaliste qui tète encore au biberon de l’utopie. La vie, comme mes personnages, est un mélange complexe de contradictions. Aliocha n'est ni plus ni moins que l’image de la condition humaine elle-même."

Ignorant l’estocade de Fyodor Mikhailovich, je tentai de reprendre l’avantage. « Si Aliocha cherche désespérément à réconcilier ses frères aînés, Dimitri et Ivan, avec leur père, n’est-ce pas une façon pour vous de pardonner à votre propre père Mikhail Dostoïevski dont vous avez subi l’autoritarisme et la cruauté ». Sur ma lancée, je poursuivis : « Son assassinat par ses propres serfs n’était-il pas justifié ? »

S’il était désarçonné, Fyodor Mikhailovich Fyodor Mikhailovich, ne le montra pas. Impassible, il répondit du ton neutre de celui qui croit détenir la vérité : « Il faut aimer l’homme même dans ses péchés, car un tel amour ressemble à Dieu ». Il s’agissait là d’une parole du starets Zozima mais je fis mine d’ignorer la citation.

Nous poursuivîmes notre conversation, nos voix s’élevant et se mêlant à l’air glacial, tandis que les flocons de neige descendaient doucement, traçant des arabesques silencieuses autour de nous. « L’heure approche de minuit, c’est le moment » me dit-il d’un air fatigué. Puis, avant de prendre congé, son regard intense rivé au mien, il me laissa avec cette pensée, non pas comme un sermon, mais comme un murmure empreint de vérité : "Au-dessus de tout, n'oublie pas que tu es au monde pour te sacrifier aux autres ».



 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

Écris moi un message pour me donner ton avis

Merci pour votre envoi

bottom of page