La montée Bélair
- 18 janv.
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Mélanie a quarante ans à peine. Elle ne les compte pas. Elle a trop à faire pour élever ses trois enfants. Sa maison est en bois, sous tôle. Petite, propre, ouverte au jour. Le matin, elle se lève avant tout le monde. Le café chauffe. La voix appelle. La journée démarre.
Cheveux crépus, regard vif, parole franche. Une cafrine dofé, disent les gens. Pas du genre à plier. Elle fait le ménage, le linge, les repas. Quand les enfants rentrent de l’école, elle s’assoit avec eux. Les cahiers ouverts sur la table. Elle explique, reprend, encourage. Elle élève ferme, mais juste.
L’après-midi, quand le soleil commence à baisser, Mélanie sort au jardin. Elle prend la pioche, la pelle, le râteau. La terre l’attend. Manioc, patates douces, piments, salades, tomates. Rien ne manque. La terre, ici, est généreuse.
Le père des enfants passe parfois. Il arrive sans prévenir. Il mange. Il parle peu. Certaines nuits, il reste. Mélanie ne fait pas d’histoire. Elle partage sa couche sans promesse. Le matin, il repart, laisse quelque fois un peu d’argent sur la table. Elle ne demande rien.
Le lundi matin, après avoir accompagné les enfants à l’école, elle passe au bureau de tabac. Trois euros de loto. Pas plus. Ce n’est pas un espoir bruyant. C’est un petit feu discret, une bougie qu’elle allume pour entretenir l’espoir.
Un jour, pendant qu’elle repasse, la radio laisse passer une chanson inconnue. Une voix lance : « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. »
Mélanie s’arrête. Le fer reste posé. La phrase s’installe en elle. Elle se demande si la vie ne l’a pas déjà contournée. Si les années à venir ne vont pas la replier doucement, la faire rentrer en elle-même, comme une fleur qui se ferme sans bruit.
Elle laisse le linge en tas sur la table. Elle prend une cigarette dans le paquet oublié la veille. Elle sort sur la terrasse. Elle s’assoit dans un pliant. Elle fume lentement. Le ciel change. Les nuages passent. Le vent secoue l’avocatier. Les poules caquettent. Le temps coule.
Mélanie regarde. Elle regarde surtout le temps passer. Elle le suit du regard, dodeline un moment de la tête avant de l’invectiver ;
— Oté fidgars. Alé pous kanar dan la monté Bélair, don !
Contente d’elle-même, elle se lève. Les enfants vont rentrer. Il y aura encore du linge, encore des repas, encore des jours semblables.




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