La philosophie a-t-elle peur de la mer ?
- 8 mai 2023
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Dernière mise à jour : 13 mai 2023
La philosophie, censée être née en Grèce, se serait arrêtée aux frontières de la Méditerranée et n'aurait pas traversé la mer pour explorer de nouveaux horizons et de nouvelles manières de penser. Socrate aurait-il eu peur de tremper son pied dans la mer ?La philosophie serait-elle par essence de nature essentiellement
occidentale ? Pour les peuples d'Afrique et l'Asie, "être ou ne pas être", est-ce vraiment la question ?
Ce principe de non-contradiction, pilier de la pensée cartésienne pour ne pas dire occidentale, n’a pas de valeur universelle. En effet de nombreuses philosophies à travers le monde se sont développées à partir du concept de non-dualité, autrement dit, sur l’idée qu’on peut être et ne pas être. Il y va ainsi de la philosophie spéculative védique qui a émergé des textes védiques anciens, qui sont les plus anciens écrits religieux de l'Inde dont certains dates de 1 500 ans avant Jésus-Christ. Ces textes, les Védas, incluent les Rig, Sama, Yajur, et Atharva Vedas, ainsi que les Upanishads, les Brahmanas, et les Aranyakas. Ils traitent de questions allant de la cosmologie à l'éthique, en passant par la métaphysique.
Ces textes védiques introduisent plusieurs concepts clés :
Brahman : Dans les Upanishads, qui sont parmi les textes védiques les plus philosophiques, le Brahman est présenté comme la réalité ultime ou la vérité universelle. Il est souvent décrit comme étant au-delà de la dualité, transcendant le monde phénoménal et échappant à toute description adéquate.
Atman : L'Atman est le "soi" ou l'âme individuelle. Dans de nombreux textes védiques, l'Atman est identifié au Brahman, suggérant que la véritable nature de l'individu est divine et universelle.
Maya : Ce terme est souvent traduit par "illusion". Selon certaines interprétations de la philosophie védique, le monde que nous percevons est Maya, une illusion qui nous empêche de voir la véritable réalité du Brahman.
Karma et Samsara : Le Karma se réfère à l'action et à ses conséquences, tandis que le Samsara est le cycle de la naissance, de la mort et de la réincarnation. Ces concepts sont utilisés pour expliquer les inégalités de la vie et pour enseigner l'éthique de l'action juste.
Moksha : Le Moksha est la libération ou la délivrance du cycle du Samsara. Il est souvent présenté comme l'objectif ultime de la vie humaine dans la philosophie védique.
La philosophie védique met en lumière la prééminence de la non-dualité comme pilier fondamental : Brahman et Atman transcendent les contradictions apparentes pour fusionner en une réalité supérieure. Pour les esprits occidentaux nourris de manichéisme et de concepts dichotomiques, l’idée d’une telle synthèse peut s’avérer difficile à appréhender. Un poète a jadis écrit que «souvent devant la mer, les choses difficiles commencent » ; il est indéniablement ardu de traverser cette mer symbolique pour adopter une pensée alternative, en particulier lorsque l’on a longtemps considéré que « la philosophie parle exclusivement grec ».
Pourtant, oser prendre le large c’est se donner la chance de rencontrer Adi Shankaracharya, souvent simplement appelé Shankara, un des penseurs les plus influents de la philosophie indienne. Il est né vers 788 après J.-C. dans l'actuel Kerala, en Inde, et est connu pour avoir consolidé et popularisé l'école de pensée connue sous le nom d'Advaita Vedanta.
Advaita signifie "non-dualité" en sanskrit, et cette école de pensée affirme que le Brahman, la réalité ultime, et l'Atman, le soi individuel, sont un. Autrement dit, selon l'Advaita Vedanta, la réalité ultime n'est pas dualiste - il n'y a pas de distinction fondamentale entre Dieu, l'univers et l'individu. Tout est une manifestation du Brahman.
Shankara est connu pour avoir défendu cette philosophie non dualiste avec une grande érudition et une grande habileté dialectique. Il a écrit de nombreux commentaires sur les Upanishads, les Brahma Sutras et la Bhagavad Gita, trois des textes les plus importants de la philosophie védique, dans lesquels il a développé et défendu sa vision non dualiste. Pour Shankara, l'apparente dualité et diversité du monde est une illusion, ou Maya. Il ne nie pas l'existence du monde phénoménal, mais il affirme que sa réalité est de second ordre - elle est réelle dans notre expérience quotidienne, mais ultimement elle n'est pas la réalité suprême. "Brahman est la seule vérité, le monde est une illusion, et il n'y a en réalité aucune différence entre Brahman et l'individu" a-t-il écrit.




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