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Petites histoires inaperçues

  • 8 mai 2023
  • 2 min de lecture

« Bientôt n’est pas loin » s’inquiétait chaque jour Bartolo en sortant de sa maison de bois sous tôle, posée à l’aplomb d’une falaise. Le chapeau de feutre vissé sur la tête, il se dirigeait vers la boutique après avoir fermé derrière lui le portail de fer forgé. Ce matin-là, le chant des oiseaux et le parfum des fleurs sauvages accompagnaient Bartolo alors qu'il avait décidé de prendre le bus pour se rendre au marché de la ville voisine.

Cependant, fatigué par une nuit peuplée de cauchemars, Bartolo s’assoupit aussitôt installé sur son siège. En se réveillant, il se frotta les yeux, surpris par le paysage qui défilait devant lui. De hautes cascades tombaient en à-pic depuis des montagnes verdoyantes, se jetant dans une rivière aux eaux tumultueuses. Le bruit de l'eau qui s'écrasait contre les rochers résonnait à travers la vallée. Un brouillard épais enveloppait le paysage, donnant l’impression que des fantômes se cachaient parmi les arbres. Bartolo frissonna ; il s’était trompé de bus.

Lorsque le véhicule finit par s’arrêter, Bartolo se retrouva dans un village qu’il n’avait jamais vu auparavant. Une cinquantaine de maisons, petites et tristes, se regroupaient autour d’une église recouverte de bardeaux et dont le toit de tôle était rouillé par endroits. L'air était empreint d'une odeur de terre humide et de mousse. Perdu, il décida néanmoins d’explorer les lieux et fit la connaissance d’une vieille dame aux yeux perçants, assise sur une petite chaise, confectionnant un panier de bambous. Elle raconta à Bartolo, d’une voix tremblante, des histoires d’âmes errantes qui semaient la peur chez les habitants.

Un maraîcher jurait avoir été poursuivi par une ombre sinistre dans le sentier menant à la source de la rivière. Une jeune femme expliquait qu’elle avait fait une fausse couche après avoir entendu le cri d’un bébé lors d’une visite au cimetière le 1er novembre. Une autre fille était devenue muette après s’être égarée une nuit de Pâques sur le chemin de la Pleine Lune.

Étrangement fasciné, Bartolo passa la journée à écouter les histoires des villageois. Vers midi, il s’offrit un sandwich de fromage de cochon, qu’il termina par un café de Bourbon pointu d’un arôme délicat. L'odeur du café fraîchement moulu emplissait l'air. En reposant sa tasse, Bartolo crut voir, dans les résidus de sucre, la silhouette d'un oiseau mort, synonyme de malheurs dans la tradition locale.

Il faisait déjà sombre quand Bartolo réussit à trouver un bus de retour. Il resta sur ses gardes tout au long du trajet, en raison de la présence qu'il ressentait à côté de lui et qui semblait l'accompagner depuis le milieu de la matinée. Il n’avait jamais oublié ce poème de Victor Hugo qui l’avait traumatisé au collège : « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn ».

« Peut-être que demain le soleil ne se lèvera pas » songeait chaque fois Bartolo en poussant le portail de fer forgé. Ce soir-là, il ne dérogea pas à ce rituel dont il ne comprenait pas lui-même la signification.


 
 
 

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