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Un jour désolé

  • 5 oct. 2023
  • 2 min de lecture

"Aujourd'hui aurait dû être demain et tout en aurait sans doute été différent" se désola Bartolo en découvrant sa maison mise sans dessus dessous par des cambrioleurs. Comme à son habitude, il avait quitté le matin sa cabane de boue séchée en prononçant sa phase rituelle " demain n'est pas loin", tandis qu’il poussait le portail derrière lui. Depuis, des mésaventures de toutes sortes lui étaient tombées sur le paletot jusqu'à l'heure du retour chez lui.

L'aube s'était levée sur le petit village de Voi, niché au sud-est du Kenya, proche de la réserve de Tsavo. Bartolo avait salué le nouveau jour avec une révérence à peine perceptible, enveloppé par le parfum piquant de l’acacia et le lointain roucoulement des tourterelles masaï. La rosée matinale chatouillait ses pieds nus tandis qu'il empruntait le sentier battu, s'éloignant de sa maisonnette au toit de chaume.

Ce jour-là, la première calamité se présenta sous la forme d'un essaim d'abeilles sauvages, perturbé par un groupe d'enfants joueurs, qui envahit le chemin de Bartolo. Les piqûres étaient multiples et douloureuses, et il courut à travers les hautes herbes, entendant le bruissement de la savane réagir sous ses pieds précipités, alors que l’essaim persistait dans sa colère bourdonnante.

Tant bien que mal, Bartolo poursuivit son chemin vers le marché du village, espérant échanger ses maigres récoltes contre de quoi subsister pour les prochains jours. Cependant, en arrivant, il découvrit son étal ravagé par des singes vervets, les fruits éparpillés et abîmés, réduits à l’état de déchets que les oiseaux opportunistes picoraient déjà. C'était un spectacle de désolation, le soleil brûlant du milieu de journée accentuant la lourdeur de sa peine. Il respira profondément, inhalant les odeurs entremêlées des épices du marché et de la poussière soulevée par les pas pressés des villageois.

La troisième malédiction prit la forme d’une violente averse, les cieux s’ouvrant soudainement pour déverser des torrents d’eau sur la terre assoiffée. Bartolo, sans abri ni protection, accepta la pluie comme il avait accepté les autres malheurs, les gouttes martelant son dos et mélangeant la poussière à de la boue sous ses pieds.

Le chemin du retour fut une marche lente et éreintante à travers la plaine détrempée. Chaque pas était un effort, la boue collant à ses pieds, et le cri des hyènes dans le lointain servait de funeste bande sonore à sa progression laborieuse. Lorsqu'il découvrit finalement le chaos à l'intérieur de sa demeure, une partie de lui se brisa, tandis qu’une autre, inattendue, naissait des abysses de sa désolation. C'était un mélange étrange de résignation et d’acceptation, une capacité à voir au-delà des ténèbres immédiates vers une lueur, encore invisible, quelque part à l'horizon.

Bartolo, le cœur lourd s’empara de la bouteille de changaa qu’il gardait dans sa réserve. « Peut-être que demain le soleil ne se lèvera pas » avait-il murmuré tout à l’heure en poussant le portail de fer forgé, un rituel dont il ne comprenait pas lui-même la signification.

 
 
 

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