Un lamba blanc
- 21 mai 2023
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Depuis toujours, j'étais un vagabond de la vie, un étranger venu de nulle part. La seule chose que je savais avec certitude, c'était ma volonté d'être enterré dans un lamba blanc. Pourquoi un lamba blanc ? Je n'avais aucune réponse, mais ce désir m'habitait avec une force implacable.
Un jour, je me suis retrouvé sur les hauteurs de Antananarivo, cette ville millénaire perchée sur un promontoire rocheux. J'étais aux portes du Musée de la Photo, un bâtiment presque en ruines, niché dans l'ombre du majestueux palais de la Reine. Ma visite n'était qu'une coïncidence, un écho de l'étrange désir qui m'habitait.
Alors que je déambulais parmi les reliques photographiques, une image m'a stoppé net. Un homme, l'écrivain maudit Rabearivelo, drapé d'un lamba blanc, me contemplait depuis le passé. Je connaissais à peine son œuvre, quelques poèmes mélancoliques lus jadis qui ne m'avaient guère marqué. Mais à la vue de cette photo, une révélation s'est faite jour.
L'image en noir et blanc m'a ensorcelé. Ses yeux me regardaient avec une intensité déconcertante, comme s'ils connaissaient mon âme errante. La ressemblance physique était là, certes, mais il y avait autre chose : une concordance spirituelle qui transcende le temps et l'espace.
En cet instant, j'ai compris. Mon désir du lamba blanc n'était pas simplement un caprice, c'était une reconnaissance. J'étais, d'une certaine manière, le double de cet écrivain. Nous partagions peut-être une même mélancolie, une même quête d'identité. Le lamba blanc n'était pas seulement un vêtement, c'était un lien avec le passé, une quête d'appartenance, une symbolique de la résilience.
En partageant ce lamba blanc avec Rabearivelo, je ne venais plus de nulle part. J'étais un fils de Madagascar, drapé de blanc, l'éternel vagabond trouvant enfin un lieu d'appartenance. Un lieu où j'aimerais reposer un jour, enveloppé dans le doux tissu du lamba blanc, un symbole de mon voyage et de mon identité retrouvée



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