Un vélo volant
- 10 juil. 2023
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Le petit village de Terjit, au cœur de la Mauritanie, était réputé pour ses oasis charmantes et ses habitants ingénieux. Parmi eux, Oumar, un ancien forgeron, nourrissait une fascination pour les mécaniques. Son trésor le plus précieux était un vieux vélo qu'il avait réparé maintes foIS mais qui n'avait jamais servi à rouler, pour une raison surprenante : Oumar l'avait transformé en un instrument de musique inédit.
Un jour, l'ancien du village annonça une grande fête pour célébrer l'arrivée des pluies. Oumar y vit l'occasion parfaite pour présenter son vélo qu’il avait surnommé le fou chantant, du nom d’un vieux chanteur qu’il avait entendu sur sa vieille radio au son grésillant.
Le jour prévu, le vélo, dissimulé sous une grande toile de tente balloté par l’harmattan, fut placé au centre de la place. Ce matin le vent qui venait du Sahara était particulièrement sec et chargé de sable, ce qui obligea les nombreux villageois de se protéger le visage. Tout le monde s’était mis sur son trente-et-un pour revêtir des vêtements d’apparat ; les femmes étrennaient leur plus belle « melhfa », se distinguant par des motifs originaux et chacune affichant des tons aussi colorées que variés. Quant aux hommes portaient tous leur daraa, cette longue robe de couleur claire qui leur tombait jusqu’aux orteils.
À la mi-journée, Oumar dévoila son chef-d’œuvre, sous les acclamations du public et les bêlements d’un groupe de chèvres blanches et noires, effrayées par la clameur. Le fou chantant était une fusion de cordes, de peaux et de bois. Les rayons étaient des cordes de kora, les freins agitaient des calebasses, et le guidon était orné de flûtes peules.
Oumar invita les villageois à essayer son vélo. Chacun pouvait alors créer une mélodie en pédalant et en manipulant les diverses pièces. Une jeune fille, Aissatou, s'approcha alors. Tous la connaissaient pour son talent musical exceptionnel. Lorsqu'elle commença à pédaler, une musique douce et captivante s'éleva. Elle fit tourner les roues, et le vélo sembla s'animer. La musique était si envoûtante que même les chameaux du village se mirent à danser.
Pourtant, au paroxysme de la mélodie, un grincement se fit entendre. Les roues tournaient de plus en plus vite et soudain, le fou chanta décolla ! Aissatou, accrochée au guidon, fut emportée dans les airs sous les yeux ébahis de la foule. Après avoir fait le tour du village, le vélo atterrit en douceur. Oumar et les villageois accoururent vers Aissatou qui, émerveillée, raconta son incroyable voyage dans les airs. Depuis les nuages, au loin, elle avait vu au milieu d’une foule de spectateurs enthousiastes, un groupe de coureurs cyclistes grimper une montagne en forme de dôme. « On aurait dit qu’ils faisaient la course » devait-elle dire.
Depuis ce jour, Terjit fut surnommé « Le Village du Vélo Volant »



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